On se pressait aux portes des Grands Salons de l’Hôtel de Ville de Nancy, ce samedi 9 mai 2026, pour prendre place dans les travées de sièges rouges et or installés par les services municipaux et assister à la nouvelle production de l’Ensemble Vocal Ars Musica intitulée « Vent(s) de folie » en association avec la compagnie « Les Variétés lyriques », à l’invitation de Guillaume Paire, chef du chœur et fondateur de ce groupe de chanteurs lyriques professionnels. Cette collaboration a eu le don de stimuler les troupes et, de la folie, il n’en manqua pas tout au long d’un concert riche en émotions et en fantaisies.
La trentaine de choristes, épaulés par cinq chant·eurs·euses lyriques et un accordéoniste professionnel, avaient soigneusement préparé leur prestation au cours de deux week-ends successifs de travail qui ont débouché sur deux concerts publics, l’un à l’église de Messein ( en remerciement de la mise à disposition par la municipalité de la Salle du Plan d’Eau ) et l’autre, en guise de grande première, à l’église de Chantraine, dans la banlieue d’Epinal, le vendredi 8 mai 2026 où le public ne bouda pas son plaisir en saluant la prestation par une standing ovation spontanée !
La même réaction enthousiaste les attendait à l’issue de ce concert dans les Grands Salons. Après l’interprétation émouvante de la Messe en mi bémol de Josef Rheinberger, accompagnée par la lecture de la lettre poignante d’Antoine Leiris intitulée Vous n’aurez pas ma haine et publiée au lendemain de l’attentat du Bataclan, le spectacle prenait un tour plus fantaisiste avec l’entrée en scène des Variétés lyriques accompagnés par Alexandre Prusse à l’accordéon, en alternance et en collaboration avec L’Ensemble Vocal. Rossini venait perturber quelque peu Samuel Barber dont l’Agnus Dei était différé par l’intervention (faussement) inopinée du Quartet extrait de La Cenerentola « Zitto, zitto ». Moment d’intense émotion ensuite avec Youkali de Kurt Weill, une chanson prenante interprétée avec finesse et sensibilité par le ténor Denis Mignien. Mais la folie reprenait vite ses droits avec le quintet « Hm…hm… » extrait de La Flûte enchantée de Mozart, avec les soprani Alexandra Hewson et Jazmin Black Grollemund, la mezzo-soprano Marion Jacquemet, le ténor Denis Mignien et le baryton Guillaume Paire. Rossini revenait à la charge dans un arrangement vocal humoristique de son ouverture du Barbier de Séville. La voix chaude et puissante de la soprano Jazmine Black Grollemund gratifiait alors le public ravi d’un vibrant tango argentin Yo soy María signé Astor Piazolla. En guise de bouquet final, choristes, solistes et instrumentiste proposaient un séduisant Medley Disney, une parodie fantaisiste où se répondent, se mêlent, voire se superposent, divers airs emblématiques des productions Disney, composant le récit improbable d’un « rêve bleu ». Jiminy Cricket assure à Pinocchio qu’« il faut croire à sa bonne étoile ». Ainsi, alors que les sept nains, fourbus, rentrent du boulot, Blanche Neige rêve qu’« un jour [son] prince viendra ». Et voici que, par la magique entremise de Mary Poppins, se réalise « le plus fou des romans d’amour » ; la Belle s’éprend de la Bête : « je vais t’ouvrir un monde, un nouveau monde en couleurs où l’on peut croire au bonheur ». Et le Roi Lion, dans un grand élan de philosophie optimiste, de conclure : « c’est l’histoire de la vie ! »
Et ce bonheur était visiblement communicatif puisque le public debout en redemandait ! La pièce interprétée en bis allait à nouveau le surprendre agréablement : l’énergie du Bohemian Rhapsody de Freddie Mercury venait conclure une prestation attestant, selon la conviction de Guillaume Paire et des Variétés lyriques, que l’art lyrique n’a rien d’exclusif ni d’élitiste, qu’il peut concerner tous les publics et qu’il entre en résonance avec toutes les formes d’expression musicale.
P. Chevrier















