PROGRAMME MUSICAL Saison 2026/2027
Un projet collectif : Maurice Duruflé, Gabriel Fauré, Albert Alain
Par l’intermédiaire de l’organiste Dominique Bréda, Ars Musica a été contacté par l’ALMC (Association Lorraine de Musique de Chambre) pour participer à la réalisation d’une prestation d’ores et déjà inscrite dans la programmation de sa saison musicale 2026/2027. Il s’agit d’un concert exceptionnel qui réunira trois ensembles vocaux : le chœur lyonnais Spirito, le chœur vosgien Noctuel et le chœur nancéien Ars Musica qui interpréteront sous la direction de Thibaut Louppe, notamment le Requiem de Gabriel Fauré. Cette œuvre composée en pleine maturité surprend par son caractère serein et intime, à l’opposé des Requiem tourmentés et spectaculaires de Berlioz et de Verdi ; tout en humilité, le Requiem de Fauré surprend par son absence de tristesse et sa ferveur contenue.
La cathédrale incendiée d’Albert Alain
Mais la pièce la plus originale de ce concert sera sans nul doute La Cathédrale incendiée d’Albert Alain (1880-1971), une œuvre rarement donnée en concert. Élève de Fauré dans sa classe de composition au Conservatoire de Paris, il était un passionné de facture d’orgue et fut l’organiste titulaire, durant 47 ans, de l’église de Saint Germain en Laye. « Dans la maison Alain, située dans la banlieue parisienne, durant toute mon enfance, j’ai entendu les sons simultanés d’un orgue de quatre claviers et de deux ou trois pianos. Nous, les quatre enfants d’Albert Alain, nous nous lancions éperdument dans la musique. » dira sa fille, la célèbre concertiste Marie-Claire Alain.
La Cathédrale incendiée, écrite pour orgue et chœur à 4 voix mixtes, reprend scrupuleusement les paroles du poème éponyme d’Henri Ghéon (1875-1944), un médecin qui s’est lancé parallèlement dans une carrière littéraire, épaulé par André Gide dont il restera l’ami intime jusqu’à sa mort. Son engagement courageux comme médecin major sur le front pendant la guerre 14-18 orientera son écriture vers la foi catholique dont il devient un fervent défenseur. Son poème intitulé La Cathédrale incendiée repose sur une chronique médiévale faisant état de l’incendie de la cathédrale de Chartres le 10 juin 1194 et du sauvetage miraculeux d’une relique : la Sainte Chemise ou Voile de la Vierge (qu’aurait portée Marie lors de l’Annonciation) conservée dans un reliquaire précieux que l’on croyait perdu dans l’incendie. Mais, après deux ou trois jours de déblayage, la relique est retrouvée intacte grâce à des clercs rescapés qui l’ont providentiellement mise à l’abri dans le martyrium, au péril de leur vie. On y voit alors le signe du désir de la Vierge Marie de reconstruire une église encore plus belle ; la cathédrale de Chartres, où le voile est toujours exposé dans le déambulatoire, devient dès lors un haut lieu du culte marial.
La Cathédrale incendiée : poème d’Henri Ghéon
A l’aide ! A l’aide ! Ô Madame Marie !
Peuple chartrain vous invoque et vous prie.
Dans la maison de votre fils Jésus
La flamme mord, mord et ne lâche plus.
Et c’est le toit qui s’envole en fumée
Puis la maîtresse poutre est entamée,
Et le gros œuvre enfin comme un géant
Va s’effondrer sur le vaisseau béant.
Le corps du Christ est sauf, mais votre voile
De grâces peint comme l’azur d’étoiles,
Ne sera-t-il à son tour consumé
Au coffre d’or où se tient renfermé ?
Deux hommes francs, qui la douleur méprisent
Fendent le feu, s’élancent dans l’église,
Et saisissant la châsse entre leurs bras,
Au souterrain descendent pas à pas.
Mais quand ils ont franchi la porte d’ombre
Dans un cri la nef entière sombre.
Comme à l’enfer dans la flamme murés
Ne sauraient plus air vivant respirer,
Et votre voile saint, Dame Marie,
Avec leurs corps fondra dans l’incendie.
Peuple chartrain, n’as-tu pas trop péché ?
Le don de Dieu vient de t’être arraché.
Chœur des Anges :
Au creuset de la fournaise,
Les trois enfants éblouis
Chantent et dansent à l’aise
Et se croient en Paradis.
Devant la Porte Latine,
Saint-Jean, dans l’huile qui bout,
Récite Laudes, Matines,
et le reste jusqu’au bout.
La flamme n’a pas de prise
sur Cécile qui sourit,
Ni sur la sainte Chemise
qui Notre-Dame couvrit.
Ne craignez pas, faibles âmes,
pour l’habit de Notre-Dame.
Les fidèles :
Le voici ! Le voici ! Le voici ! Le voici !
Premier porteur :
Alleluia ! Du gouffre où nous jeta sa grâce,
La grâce du Seigneur nous rejette plus forts.
Deuxième porteur :
Nous traversons la flamme et le péché s’efface,
Nous recouvrons la vie en passant par la mort.
Premier porteur :
Alleluia ! Le voile enfermé dans ce coffre
S’est déployé sur nous pour nous garder du feu.
Deuxième porteur :
Alleluia ! C’est un don nouveau que nous offre
Peuple chartrain, la Toute Puissance de Dieu.
Les Anges :
Il veut pour Notre Dame une maison nouvelle
Il veut pour Notre Dame une maison plus belle.
C’est ainsi qu’il détruit le bien pour faire mieux.
Vive Dieu ! Vive Dieu ! Vive Dieu ! Vive Dieu !
Le peuple chartrain :
Pour le voile de la Vierge
Qui nous fut deux fois donné,
Nous élèverons deux cierges
Longs et bellement ornés
Qu’allumera chaque aurore,
Et qu’éteindra chaque soir
Sur la plaine que décorent
Nos moissons belles à voir.
Deux tours sonnent nos Dimanches,
Nos fêtes, nos Angélus
Et nos processions blanches,
Et le rappel des élus.
Pour veiller sur nos semences,
Sur nos âmes, sur nos morts,
Et sur votre Châsse immense,
Notre-Dame, ô Maison d’Or !

